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14 Fév

Making euro workable

Que faut-il faire pour sauver l’euro ? Making the euro workable

Commentaire de l’article du Professeur Paul KRUGMAN, par le Professeur Assistant Philippe JOURDON

 

Le Prix NOBEL d’Economie Paul KRUGMAN, issu du courant de pensée économique plutôt keynésien, et spécialiste des questions concernant le Commerce International, s’interroge dans un article du 24 Juin 2012 publié dans le New York Times, sur le fait de savoir si la Zone Euro constituait une Zone Monétaire Optimale au sens de MUNDELL (1961) et dans d’autres sens plus récents, et, le cas échéant, que faudrait-il faire afin de sauver l’euro, si toutefois c’était encore possible…

L’euro aurait été une source de désordres plutôt qu’un outil d’harmonisation et encadrement des politiques économiques décidées. Ce n’est pas étonnant car la Zone euro n’était pas une Zone Monétaire Optimale à ses débuts, et pourtant la théorie de la Zone Monétaire Optimale a été utilisée pour défendre l’idée de la création de l’euro : en dépit du bon sens ???

Quand-même, il est vrai que le commerce intra européen a augmenté depuis le passage à l’euro, mais dans des proportions moindres que celles qui étaient espérées et attendues. Le désordre provient du fait qu’il est devenu impossible en temps réel de renégocier des contrats, alors même que l’on ne sait pas toujours très bien ce qui vraiment en jeu concrètement. Il faudrait s’ajuster en temps réel à des chocs asymétriques mais au cas où les événements se succèdent rapidement entre pays parties prenantes mais ne disposant plus de l’arme monétaire défensive que serait la possibilité d’une dévaluation compétitive… Il est possible que l’on assiste alors au déclenchement de booms imprévisibles entraînant un processus d’apprentissage « à l’aveugle » : ainsi le boom de l’immobilier résidentiel en Espagne, juste avant explosion de ce qui aurait constitué de facto une bulle spéculative ! Placés dans de telles situations, les agents ne peuvent exploiter à fond leurs capacités de marchandage pour connaître mieux le marché : ils ne peuvent s’adapter librement entre plein emploi, budgets de trésorerie et de consommation, et valeurs refuge : car la bulle pourra à tout moment éclater !!!

Paul KRUGMAN l’affirme : la Floride est un meilleur candidat à l’adhésion à une Zone Dollar que l’Espagne vis-à-vis d’une entrée dans la Zone euro. Néanmoins, il est vrai que le principe de continuité territoriale constitue un argument important en faveur de la Théorie d’une Zone Monétaire Optimale, même si celle-ci semble avoir été invoquée abusivement en vue de justifier la création de l’euro. En particulier, le marché physique intérieur correspondant à l’euro comme monnaie domestique, ne connaît pas une très forte mobilité du facteur travail, critère pourtant indispensable en théorie pour prétendre à justifier le recours à cette théorie… Peter KENEN pense que l’intégration fiscale constitue le deuxième critère essentiel à pouvoir prendre en compte afin de s’engager dans une telle voie pour très longtemps, en particulier ce second critère semble indispensable afin de résoudre les problèmes liés à l’asymétrie des chocs entre agents économiques ( nous rajoutons : chocs de prix, chocs de salaires, chocs du volume de l’emploi disponible, chocs dus aux plus ou moins grandes facilités d’obtenir du financement pour investir dans des projets… etc.) Si les pays refusent de propager des transferts automatiques pour secourir les pays quand ils sont victimes des chocs ( conjoncturels , structurels … ] ,alors l’intégration fiscale ne pourrait pas très bien fonctionner… Alors pourquoi les pays européens s’étaient-ils engagés sur la voie largement irréversible de l’euro ? Parce qu’ils s’étaient engagés sur le papier à accomplir des réformes structurelles. Mais, une « ironie » suprême semble être que le choc principal aurait été constitué par la création même de l’euro !!! Car ce moment créa une vague d’inflation dans les pays de la périphérie de l’UE où l’argent se précipita brusquement, les marchés étant alléchés par la perspective d’investissements dans des projets supposés relancer la croissance macroéconomique en Europe. Les pays centraux réagirent vite à la déception, en imposant alors des politiques d’austérité visant d’abord et avant tout à contenir l’inflation indésirable générée. Paul DE GRAUWE suggère comme solution à cette fuite en avant que les Banques Centrales devraient désormais faire crédit aux Etats en difficultés, non le contraire… Mais puisque la BCE ne peut être tenue statutairement comme un Prêteur en dernier ressort ( comme l’est officiellement la Banque Centrale d’Angleterre ) : une telle voie est institutionnellement impraticable. Il faudrait soit organiser un système de transferts automatiques en cas de crises, soit être plus accommodant dans les objectifs d’inflation.

Pour ma part, je pense que ces analyses brillantes butent sur des limites : 1) Politiquement, le fait de maintenir un niveau d’inflation durablement plus faible en Europe qu’aux USA ( même si c’est de peu ) à l’horizon de cinquante années : est le prix à payer pour notre liberté. Un tel objectif n’est pas négociable. 2) De notre liberté puisque nous existons depuis relativement de temps, dépendra notre stabilité institutionnelle donc notre crédibilité et notre autorité. Il faudrait réintroduire la tendance dans le raisonnement, en n’hésitant pas à introduire des équations de type astro physique , dans les modèles. Paul KRUGMAN raisonne de façon plus classiquement macro économique c’est-à-dire en envisageant les équilibres en termes de balances des paiements, sans se préoccuper de façon visible de cette tendance. L’intégration fiscale ne sera effectivement possible que si nous travaillons sur ce type de nouveau concept ; dans ce domaine l’UE devrait à l’avenir montrer la voie ( moins de liquidités , de nouveaux agrégats ; - )